L’idée essentielle servant de base à cette antenne est que, dans la quasi totalité des cas, les parasites sont captés par la descente d’antenne, et non par l’antenne elle-même que, sauf cas particuliers, on peut installer en un point à peu près hors du champ de parasites. C’est tout à fait classique, et il existe dans le commerce des antennes toutes ondes, ou présentées comme telles tout au moins, dont la descente est soustraite à l’action des parasites à l’aide d’un câble coaxial convenable.
Le défaut général de ces antennes est que, d’une part, le câble spécial est passablement coûteux; d’autre part, le rendement varie de façon considérable avec la fréquence, l’adaptation d’impédances entre l’antenne et sa descente étant faite au moyen d’un transformateur qui, si bien conçu soit-il, ne peut être correct évidemment sur une bande dont le rapport des fréquences extrêmes est de l’ordre de 100 au moins. Il y a des résonances et des absorptions inévitables.
Nous avons alors songé à utiliser, au lieu d’un transformateur HF, de calcul et réalisation peu aisés, une lampe fonctionnant en cathode follower. L’adaptation est absolument automatique quelle que soit l’impédance de l’antenne, qui, dans le cas des antennes toutes ondes, n’est quasi jamais une résistance pure, il y a toujours un terme réactif important. On recueille sur la cathode à peu près les 9/10 de la tension HF fournie par l’antenne, mais sous une impédance très basse et constante, donc dans des conditions où son transport est aisé avec un bon rendement par une ligne blindée sans exigences bien spéciales.
Le rendement ne commence à baisser que quand on atteint des fréquences se chiffrant par un certain nombre de Mc/s, ou les qualités propres du câble blindé vis-à-vis des pertes HF commencent à compter.
Notre réalisation comprend une lampe 25L6 choisie pour sa pente élevée, donc sa faible impédance de sortie en cathode follower, et sa consommation filament relativement faible, 0,3 A, ce qui limite les pertes par effet de Joule dans un circuit de chauffage forcément très long. On pourrait certes utiliser bien d’autres tubes, mais il n’y a pas d’autres tubes usuels ayant des pentes de l’ordre de 8 mA/V pour une intensité filament ne dépassant pas 0,3 A, à l’exception des tubes européens de même catégorie CBL1, CBL6, etc.. (cette réalisation a été faite bien antérieurement à l’apparition de la UL4I, qui semble bien actuellement le tube à préférer pour l’usage en question).
voici le PDF sur le tube 25L6 25L6GT
L’alimentation comprend un petit transfo 100 V/50 mA et 25 V/0,3 A, pour la simplicité on peut utiliser un redresseur au sélénium, le filtrage ne présente pas de difficultés spéciales. Bien que l’essai n’ait pas été tenté, on peut penser que le montage entièrement en tous-courants serait satisfaisant ; mais, dans ce cas, gare aux parasites véhiculés par le secteur et ré-injectés dans l’antenne. Ce n’est réellement pas la peine de soustraire la descente d’antenne au champ des parasites si, par suite de la liaison directe du chauffage et de la HT du tube au secteur on les ré-introduit par «les couplages variés dans le tube ou le long du câble de liaison…
Le fil de descente employé est du câble d’installation électrique dénommé « câble Muller» 3 conducteurs, sous blindage alu.
Le schéma se suffit pratiquement à lui-même; des 3 fils du câble, l’un sert :i envoyer le + HT, l’autre la tension filament, le retour commun se faisant par le blindage externe, à la terre, et le troisième fil est le fil sous potentiel HF.
Sur les fréquences élevées, il apparaît une perte, due aux qualités diélectriques assez quelconques du câble, qui forme en fait un feeder coaxial dont l’impédance est aux environs d’une centaine d’ohms, cette perte augmente très régulièrement avec la fréquence et peut se chiffrer par quelques décibels par octave; l’expérience montre que jusqu’à 30 Mc/s ( Mc/s il faut comprendre Mhz ) environ elle n’est pas prohibitive si la ligne n’a pas une longueur déraisonnable.
En effet, si une telle installation s’avère nécessaire cela signifie que le niveau des parasites locaux est considérable, la sensibilité maximum utilisable n’est donc plus pratiquement limitée par le bruit de fond propre du récepteur, mais par le niveau résiduel des parasites captés malgré tout par l’antenne, en général fort supérieur, et comme le signal et ce niveau résiduel de parasites sont atténués dans le même rapport par le câble, le rapport signal/ parasites qui fixe la sensibilité utilisable ne dépend pratiquement pas des pertes de transmission (ceci suppose bien entendu que le récepteur est lui-même soustrait aussi bien que possible à l’action directe des parasites au moyen de blindages et filtres, il serait vain d’utiliser une telle antenne sur un appareil déjà partiellement saturé par les parasites sans aucun aérien…).
Nous nous excusons de cette description qui, ne concernant pas exclusivement le trafic amateur, sort un peu du cadre de la revue; mais il est bien évident que l’idée peut être exploitée à bien des fins diverses, en particulier elle est immédiatement adaptable aux antennes accordées pour l’écoute des bandes amateurs. Si l’antenne ne doit servir qu’à la réception, la cathode follower peut s’avérer un très remarquable procédé d’adaptation d’impédances entre une antenne complexe dont l’impédance est inconnue (ou de valeur telle que les procédés usuels sont d’emploi délicat) et un feeder d’impédance déterminée. L’adaptation est en effet automatique, sans aucun réglage, et a haut rendement; il suffit de se souvenir que l’impédance de sortie d’une lampe en cathode follower est égale à l’inverse de la pente (en ampères/volt) et d’utiliser un feeder de même valeur. Comme on est maître de la pente, dans de larges limites, par la polarisation, l’adaptation peut toujours être précise. Si l’antenne est équilibrée, et le feeder aussi, il suffit d’employer une double triode en push-pull cathode follower, etc.
F. HURTAUD, F8XT. (Texte rédigé par F9LR.) JANVIER 1952